À 18 ans, l'accompagnement étroit dispensé dans les foyers d'accueil pour mineurs non accompagnés prend fin. Le soutien disparaît alors brusquement. Or, la plupart d'entre eux en auraient encore bien besoin.   
Dossier

Accompagner les jeunes réfugié-e-s vers l'autonomie

01.06.2026
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Pour de nombreux jeunes réfugié-e-s arrivé-e-s en Suisse en tant que mineur-e-s non accompagné-e-s, une grande partie du soutien dont ils bénéficiaient jusqu'alors s’arrête à leur majorité. Le programme BBJE (prise en charge et accompagnement des jeunes adultes) intervient précisément à ce moment charnière.

Des niveaux d’accompagnement adaptés aux besoins

C'est dans ce contexte qu'intervient l'offre « Prise en charge et accompagnement des jeunes adultes » (BBJE) de l'AOZ à Zurich. Son objectif est d'accompagner cette transition et de soutenir les jeunes adultes sur le chemin vers l’autonomie. L'accent est mis sur la stabilisation, l'intégration et la sortie progressive de l'aide sociale. Le programme s'adresse aux jeunes de 18 à 25 ans qui, après leur passage dans les structures MNA/UMA, ont encore besoin de soutien. Il est également ouvert aux jeunes réfugié-e-s nécessitant un accompagnement, arrivés seuls ou ne vivant pas dans un cadre familial, et orientés vers le programme par le service social de la ville de Zurich. De nombreux jeunes adultes sont confrontés à des défis multiples : apprentissage de la langue, ­formation, connaissance des dispositifs existants et développement personnel. Souvent, ils ne disposent pas d’un réseau social stable.

Différents niveaux de soutien sont utilisés selon les besoins : au premier niveau, quand une prise en charge intensive est nécessaire, un-e professionnel-le est disponible 24 heures sur 24, avec deux intervenant-e-s en journée. Dans les deux niveaux intermédiaires, l’accompagnement se déroule soit en journée, soit à des moments fixes durant la semaine. Au quatrième niveau, un accompagnement mobile, adapté aux besoins, est proposé à des horaires convenus, directement au logement des jeunes.

Des passages d’un niveau à l’autre sont possibles à tout moment. Cette organisation permet de suivre l’évolution individuelle des jeunes adultes sans rupture dans le parcours d’accompagnement. Cette structuration progressive contribue à prévenir les situations de surcharge et à soutenir le développement des jeunes de manière adaptée à leurs besoins. Une offre de logement, un espace d’accueil de jour et une équipe dédiée aux activités de loisir sont aussi proposés.

L’accompagnement renforce les compétences du quotidien

Les besoins concrets en matière d’accompagnement se manifestent dans le quotidien des jeunes adultes. Durant les premières semaines au sein du dispositif BBJE, ils ont par exemple besoin d’aide pour se lever le matin. En l’absence de structure journalière et de repères temporels, il est parfois nécessaire de les réveiller à plusieurs reprises afin qu’ils ne manquent pas leurs rendez-vous. Les courriers administratifs restent souvent non ouverts, car ils ne sont pas compris ou suscitent de l’inquiétude. Avec l’appui du ou de la professionnel-le socio-éducatif-ve, ces documents sont ouverts, lus et classés. Lorsque les délais ne sont pas respectés, cela génère un stress supplémentaire. Les formulaires, les démarches numériques et les procédures administratives sont souvent difficiles à comprendre et peuvent rapidement dépasser les capacités des jeunes adultes. Les factures sont laissées de côté ou mal gérées, ce qui entraîne des rappels de paiement.

Parallèlement, les jeunes manquent souvent d’expérience dans la gestion de leurs finances et dans l’établissement de priorités. D’autres incertitudes se manifestent également : faire les courses, cuisiner, gérer un ménage ou respecter des engagements ne vont pas de soi et doivent être acquis progressivement. À cela s’ajoutent des difficultés d’ordre psychique. Les troubles du sommeil, le manque de motivation ou les problèmes de concentration influencent fortement le quotidien. Certain-e-s se replient sur eux-mêmes, tandis que d’autres réagissent de manière impulsive. Les conflits dans la vie en collectivité résultent souvent d’un sentiment de surcharge ou de malentendus.

Des défis complexes

L’accompagnement proposé dans le cadre du programme BBJE permet, grâce à un soutien socio-éducatif, de construire progressivement des structures quotidiennes, de préparer les rendez-vous et d’acquérir les compétences nécessaires à la gestion des démarches administratives. Pas à pas, les jeunes développent des repères et gagnent en confiance. Les petits progrès jouent un rôle central : se rendre seul-e à ses rendez-vous, ouvrir son courrier, solliciter de l’aide. Ces expériences renforcent le sentiment d’efficacité personnelle des jeunes adultes, constituent une base essentielle pour un développement durable et leur permettent de reprendre progressivement le contrôle de leur situation de vie. Parallèlement, les compétences linguistiques s’améliorent et des perspectives s’ouvrent en matière de formation ou d’emploi.

Ces évolutions ne suivent pas un parcours linéaire. Les retours en arrière font partie intégrante du processus. L’essentiel est qu’ils puissent être accompagnés et ne conduisent pas à une rupture. À mesure que la stabilité s’installe, l’accompagnement peut être allégé et un passage vers une forme de logement moins encadrée devient possible. L’autonomie n’est pas une condition préalable, mais se construit graduellement. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des compétences spécifiques, mais de développer, pas à pas, le sens des responsabilités ainsi que la capacité à s’orienter et à prendre des décisions dans la vie quotidienne. L’autonomie se manifeste à travers de petites étapes, souvent discrètes, mais déterminantes à long terme pour mener une vie stable.

Les défis restent toutefois complexes. De nombreux jeunes adultes sont tiraillés entre des attentes multiples, des exigences institutionnelles et des contraintes personnelles. Les barrières linguistiques compliquent l’accès à la formation et à l’emploi, tandis que les problèmes psychiques peuvent fortement impacter le quotidien ainsi que la capacité d’agir et d’exercer ses droits. Des perspectives incertaines renforcent le risque de repli sur soi, de surcharge ou de perte de repères. Sans un accompagnement continu et fiable, les processus d’intégration risquent de s’enliser, voire de s’interrompre. L’absence de structures, le non-respect des délais ainsi que des difficultés administratives ou de santé non résolues peuvent rapidement s’accumuler et conduire à une aggravation des problématiques, souvent difficile à inverser par la suite.

Collaboration interdisciplinaire des services spécialisés

L’un des principaux facteurs de réussite du programme BBJE réside dans l’étroite collaboration entre les services spécialisés. Les équipes de pédagogie sociale, de coaching en intégration, du domaine de la santé et du conseil psychosocial de l’AOZ travaillent en étroite coopération. Les échanges ont lieu dans le cadre d’entretiens de bilan  qui permettent d’identifier précocement les évolutions et de les analyser conjointement.

Cette collaboration interdisciplinaire permet de croiser les perspectives et de développer des solutions à long terme. Des thématiques telles que la formation, la santé, la stabilisation psychique et la gestion du quotidien s’articulent étroitement et font l’objet d’une prise en charge coordonnée. Cette étroite coordination réduit les pertes aux interfaces et améliore la qualité de l’accompagnement dans la vie quotidienne des jeunes adultes. Parallèlement, la coordination avec le service social en charge du suivi des dossiers garantit la clarté, la cohérence et un cadre d’action partagé, orienté vers des objectifs communs et durables.

Les expériences menées à ce jour montrent que l’approche du BBJE a fait ses preuves. Actuellement, 93 % des jeunes adultes disposent d’une structure journalière stable et développent, grâce au programme, des perspectives concrètes en matière de formation ou d’emploi. Les conditions essentielles à une intégration durable et à une sortie progressive de l’aide sociale sont ainsi réunies. Un élément déterminant réside dans le fait que l’autonomie n’est pas une condition préalable, mais qu’elle est développée de manière ciblée, étape par étape, en fonction des besoins individuels.

Il apparaît ainsi clairement que la transition vers l’âge adulte ne constitue pas une étape ponctuelle, mais un processus qui nécessite du temps, des relations fiables et une prise en charge interprofessionnelle coordonnée avec pour objectif de permettre aux jeunes adultes de se détacher durablement de l’aide sociale.

L'instauration d'un climat de confiance et la patience comme clés du succès

L’instauration d’une relation de confiance et la patience sont les clés de la réussite : l’accompagnement ne peut porter ses fruits que s’il intervient au bon moment et sous une forme compréhensible pour les jeunes adultes. L'instauration d'un climat de confiance est donc essentielle et prend du temps. Sans relation solide, la prise en charge reste souvent sans effet. Des exigences ou attentes trop élevées renforcent souvent les réactions de repli ou d’évitement, susceptibles d’être liées à des expériences traumatisantes. Le soutien doit dès lors être adapté en permanence et s’appuyer étroitement sur les ressources disponibles et la capacité actuelle des jeunes.

Le projet

Le projet a été lancé en 2020 dans la ville de Zurich et s’est depuis considérablement développé. En 2024 et 2025, en moyenne 240 jeunes adultes ont participé au programme BBJE et bénéficié d’un accompagnement interdisciplinaire. Actuellement, 256 jeunes adultes sont suivis dans le cadre du programme de l’AOZ. Celui-ci est financé par le Département des affaires sociales de la ville de Zurich dans le cadre de prestations municipales spécifiques, en vertu de la conviction politique qu’un investissement à un jeune âge est ­particulièrement rentable et permet de réduire les coûts à long terme.

Perica Jelisavac 
Responsable du programme AOZ
Martine Scholer 
Responsable du service spécialisé BBJE