Dossier

Objectif jeunes : remobiliser les jeunes en rupture de formation

01.06.2026
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Le dispositif genevois « Objectif jeunes » englobe une vingtaine de programmes de remobilisation destinés aux jeunes adultes (18–25 ans) en rupture de formation.  Les résultats encourageants ont conduit le canton à compléter le dispositif avec JAFA, une nouvelle prestation pilote alternative à l’aide sociale pour les jeunes soutenus financièrement et s’engageant activement. Présentation de ce projet inspirant.

La situation des jeunes adultes à Genève est préoccupante et appelle des actions ciblées et diversifiées. Le nombre de bénéficiaires d’aide sociale âgés de 18 à 25 ans a presque doublé en quatre ans : on comptait 1663 jeunes en décembre 2021, contre 2921 à fin 2025, soit une augmentation de 75,6 %. Cette évolution rapide interroge la capacité des dispositifs actuels à prévenir les ruptures.

Les données de l’Hospice général indiquent par ailleurs que 45 % des jeunes suivis présentent un historique familial lié à l’aide sociale, contre 38 % en 2020. Cette progression met en évidence un phénomène de reproduction sociale de la précarité, où les trajectoires de dépendance aux prestations sociales tendent à se transmettre d’une génération à l’autre.

Or, le principe selon lequel « aucun jeune ne devrait débuter sa vie d’adulte avec un statut et une identité de bénéficiaire de l’aide sociale » devrait devenir un adage. Les témoignages recueillis auprès de jeunes concernés soulignent combien cette situation dégrade l’image qu’ils et elles ont d’eux-mêmes, fragilise leur confiance et influence négativement leur entrée dans la vie adulte. À 18 ans, elle induit au surplus une distorsion dans la perception de leur rôle au sein de la société, ainsi que dans leur rapport aux institutions.

Décrochage scolaire et vulnérabilités accrues

La rupture de formation constitue un facteur déterminant de risque de précarité. Parmi les jeunes adultes à l’aide sociale, 74 % n’ont aucune formation ou disposent uniquement d’un niveau primaire. Avec l’introduction à Genève de la formation obligatoire jusqu’à 18 ans (FO18), le taux de décrochage a fortement diminué chez les jeunes mineurs, mais il a significativement augmenté pour les jeunes majeurs, atteignant 8,6 % en 2024.

Comprendre la démobilisation : la « quadra démobilisante »

Dans le cadre du programme Ecojeunes, des jeunes en situation d’aide sociale ont eux-mêmes identifié les principaux facteurs de leur démobilisation et élaboré un modèle qu’ils ont nommé la « quadra démobilisante ». Celui-ci met en évidence quatre types de pièges contemporains agissant comme facteurs de démobilisation :

- le divertissement illimité, marqué par la surconsommation de contenus numériques (réseaux sociaux, jeux vidéo, plateformes) ;

- le consumérisme et les conduites à risque (achats compulsifs, mode, soirées, alcool, cannabis) ;

- une forme de sécurité et de droits sans exigence, liée à certains dispositifs d’aide, pouvant freiner la mise en mouvement ;

- enfin, un sentiment de désespoir face à l’avenir, nourri ­notamment par la surcharge d’informations, le chômage, les conflits et d’autres incertitudes économiques, climatiques et technologiques.

Ce cadre de lecture, issu de la propre expérience des jeunes, permet de mieux comprendre les obstacles à leur engagement dans des parcours structurants.

Objectif jeunes : la remobilisation par des activités porteuses de sens 

Sur la base de ces éléments de contexte a été lancé à Genève en 2022 le programme « Objectif jeunes ». Son ambition est de remobiliser les jeunes en rupture de formation en s’appuyant sur leurs centres d’intérêt et leurs motivations intrinsèques. Il s’agit de créer pour elles et eux des points d’entrée adaptés, à travers le sport, les arts et la culture, les activités en lien avec la nature et la protection de l’environnement ou encore le numérique.

Ces activités constituent un levier pour restaurer un rythme de vie, redonner confiance, reconstruire l’estime de soi, valoriser les talents et développer les potentiels. Différentes études ont montré que les principaux moteurs de l’insertion sont la motivation et la confiance en soi ; ces activités offrent ainsi un support pour initier un accompagnement vers l’élaboration d’un projet de formation et d’insertion professionnelle.

Chaque participant et participante bénéficie d’un suivi individualisé, assuré par des professionnels, en lien avec le réseau.

Une offre structurée et diversifiée

Pour l’année scolaire 2025–2026, 25 programmes de remobilisation sont proposés, représentant plus de 560 places en continu. Sept programmes s’appuient sur des activités sportives, six sur des activités artistiques et culturelles, six sur le lien à la nature et à la transition écologique, cinq offrent des approches mixtes et un programme est centré sur le numérique et les jeux compétitifs en ligne. Tous les programmes sont présentés sur la page internet objectifjeunes.ge.ch.

Les programmes sont portés par un réseau d’associations qui permet de toucher des publics souvent éloignés des institutions, grâce notamment à leurs contacts, au bouche-à-oreille entre jeunes et à l’action des travailleuses et travailleurs sociaux hors murs, en lien avec les jeunes désocialisés dans la rue.

Des résultats encourageants

Après trois années scolaires complètes de mise en œuvre, les résultats sont significatifs. Au total, 1547 jeunes ont intégré un programme de remobilisation. Parmi eux, 840 l’ont terminé. Les autres ont interrompu leur parcours pour diverses raisons, parfois positives, comme une reprise anticipée de formation ou d’emploi.

Parmi les jeunes ayant terminé un programme, 474 ont connu une insertion positive, que ce soit par une formation qualifiante, un apprentissage ou un emploi. Cela représente 58 % des participantes et participants ayant terminé un des programmes, un résultat particulièrement encourageant au regard des difficultés initiales rencontrées.

Un élément notable est que près de 40 % des jeunes accueillis dans l’un des programmes n’étaient connus d’aucun dispositif social ou de formation. Cela souligne la capacité du dispositif à atteindre des publics souvent invisibles pour les offres publiques traditionnelles.

Le programme JAFA : une alternative à l’aide sociale pour les jeunes adultes

Fort de ces résultats, le Conseil d’État genevois a lancé fin 2024 un projet pilote intitulé JAFA (Jeunes adultes en formation actifs et actives), visant à remplacer l’aide sociale par une bourse de préformation pour les jeunes adultes sans certification. Inspiré du modèle vaudois FORJAD, ce dispositif propose un accompagnement intensif combinant coaching, remise à niveau scolaire, soutien administratif et appui psychologique, individualisé et adapté aux besoins de chaque jeune.

Les participants sont tenus de s’engager activement dans un programme d’Objectif jeunes et dans le coaching. Cette exigence s’accompagne d’un changement de perspective fondamental : les jeunes ne sont plus considérés comme des bénéficiaires de l’aide sociale, mais comme des personnes en formation.

Au-delà du soutien financier, cette requalification symbolique joue un rôle déterminant dans la reconstruction identitaire et la projection dans l’avenir. Elle constitue une piste prometteuse pour repenser les politiques publiques en faveur des jeunes en rupture de formation.

Reconnaitre les singularités

Le dispositif déployé dans le canton de Genève en faveur des jeunes adultes en situation de rupture mise sur une diversité de programmes et un accompagnement individualisé afin de reconnaître la singularité de chaque jeune – forces, fragilités, parcours, aspirations. En effet, une approche standardisée risque d’accentuer le sentiment d’exclusion, tandis qu’un suivi personnalisé répond mieux aux besoins et au rythme de chacun et chacune. Enfin, en plaçant le respect, l’écoute et la dignité au cœur de ces dispositifs, une reconstruction positive est favorisée.