Menu
Logo Logo
  • DE
  • FR
  • Focus Pratique 11
  • Amanda Ioset 3
  • Ingrid Hess 1
  • Eliane Rosset 1
  • Emilie Clavel 1
  • Jens Rogge 1
  • Markus Kaufmann 1
  • Salomon Bennour 1
  • Sophie Guerry et Caroline Reynaud 1
  • 1/22 2
  • 3/21 2
  • 1/21 1
  • 2/21 1
  • 2/22 1
  • 2/24 1
  • 3/22 1
  • 3/24 1
Search narrowed by: Catégorie: Focus Pratique Remove all filters
Found 11 results in 2 milliseconds. Displaying results 1 to 10 of 11.
  • 1
  • 2
  • »
Results per page:

Le défi de la participation pour les professionnels de l’aide sociale

Chaque année, l’Artias organise une journée d’automne destinée aux acteurs de l’action sociale. Elle a lieu au Musée Olympique de Lausanne et a pour objectif d’offrir aux professionnels un espace de formation, de réflexion et d’échange sur une thématique choisie. Avec la journée du 24 novembre 2022, qui s’intitulait « Les professionnels de l’aide sociale face au défi de la participation des bénéficiaires », l’Artias a voulu approfondir sa réflexion sur la participation individuelle et collective des bénéficiaires de l’aide sociale à la définition de leurs besoins et des politiques et pratiques qui les concernent. Après avoir réalisé, de 2018 à 2021, un projet participatif visant à faire émerger la parole collective d’une soixantaine de bénéficiaires romands (Zeso 2/2020), nous voulions explorer les possibilités et les défis soulevés par cette question sous l’angle des professionnels. Car ce sont eux et elles qui sont appelés à mettre en œuvre cette perspective participative dans leur travail quotidien. Aller vers une démarche participative implique nécessairement de remettre en question une certaine hiérarchie rigide des savoirs, selon laquelle l’expertise académique ou technocratique domine tandis que les autres sources de connaissances doivent se contenter du statut de « témoignage ». La démarche de l’Artias était d’aller vers un dialogue des différents savoirs – académiques, professionnels et expérientiels. Ainsi, l’objectif était, après avoir donné la parole aux bénéficiaires lors de la journée d’automne 2019, d’entendre le point de vue de la recherche mais aussi des professionnels eux-mêmes. Ces derniers ont donc occupé une place importante parmi les intervenants. Ils ont partagé leurs expériences participatives tout en portant un regard critique sur celles-ci, en soulignant également leurs échecs, leurs questionnements. Emilie Rosenstein, professeure à la Haute école de travail social et de la santé de Lausanne, a assuré la conférence introductive de la journée, en apportant un cadre théoriques permettant de réfléchir aux questions : la participation, pourquoi ? La participation, comment ? Elle a notamment mis en garde contre le fait de réduire la participation à une question de procédure. En réalité, la participation est à la fois une méthode et un contenu, un moyen et une fin. Elle confère à celui qui participe un statut et est intrinsèquement liée à la question de la citoyenneté et de la démocratie. Lors de la table-ronde, en deuxième partie de la journée, Delphine Binder, assistante sociale et responsable d’unité à l’Hospice général, a présenté un projet pilote mené au CAS des Trois-Chênes visant à redonner aux bénéficiaires davantage de maîtrise sur leur vie, cela en diminuant le contrôle au profit de l’accompagnement. Elle a évoqué les difficultés liées au changement de posture des AS. Passer du contrôle à la confiance, mais aussi éviter les jugements de valeur face à la manière dont le bénéficiaire décide, par exemple, de gérer son argent (reçu dans le cadre de ce projet sous forme de forfait), cela n’a a pas toujours été évident et a donné lieu à de nombreuses discussions au sein de son équipe. Christelle Isler, assistante sociale et directrice de CORA, a décrit comment la participation se vivait au quotidien dans son association, active dans l’information sociale et l’organisation d’activités collective au Val-de-Travers (NE). Les outils utilisés pour garantir une relation aussi horizontale que possibles sont, par exemple, le tutoiement entre tous les acteurs, la non-différenciation entre les bénévoles et les bénéficiaires (tous nommés « bénévoles »), l’absence de contrainte dans l’accompagnement social ou encore le fait de soutenir les propositions venant des bénévoles eux-mêmes plutôt que d’imposer des projets conçus par « en haut ». Annina Grob, secrétaire générale d’Avenir social, a insisté sur le fait que si la participation est un pilier du travail social, la réalisation de celle-ci nécessite des ressources ainsi qu’un cadre légal favorable. Quant à Sophie Guerry, professeure HES associée à la Haute école de travail social de Fribourg, elle a présenté les effets bénéfiques de la participation collective des bénéficiaires, tout en insistant sur l’importance de la formation des futurs travailleurs sociaux à cette approche. L’après-midi a été consacré à la présentation de deux projets participatifs collectifs, l’un organisé directement dans un service social, l’autre organisé par un service social mais dans un cadre extérieur . Le premier projet, « Ensemble-Gemeinsam » du Département des affaires sociales de la Ville de Bienne, a été présenté par l’assistante sociale Charlotte Jeanrenaud. Il consiste à réunir chaque année des groupes, composés d’assistants sociaux et de bénéficiaires de l’aide sociale, qui se rencontrent et discutent de questions liées à l’aide sociale. A la fin du processus, qui se répète chaque année, certaines idées sont reprises et appliquées. Ainsi, divers aménagements ont été réalisés à l’entrée du service social et l’information a été améliorée (création d’un guide, d’une section FAQ sur le site internet, etc.). Le deuxième projet, présenté par Michaël Kohler, assistant social et responsable de secteur aux Services sociaux régionaux jurassiens (SSR), est celui d’action sociale de proximité dans la commune de Courtételle. Il s’agit pour les SSR de faire un « diagnostic social » de la commune afin lui permettre de développer son propre programme de prévention en matière d’intégration sociale. La méthodologie développée comporte une dimension participative. En effet, c’est sur la base d’un dialogue avec la population (dans son ensemble, pas uniquement avec les bénéficiaires de l’aide sociale) que s’effectue le diagnostic, par exemple à travers de « papotages publics », l’élaboration d’un sondage, l’organisation d’évènements « brise-glace » ou encore la mise sur pied d’un forum citoyen. Cette journée nous a confirmé l’importance de développer davantage la participation des bénéficiaires de prestations sociales. Notamment, une meilleure prise en compte de l’avis des bénéficiaires de l’aide sociale devrait être une priorité, pas uniquement pour améliorer les dispositifs, mais aussi pour des questions de dignité et de citoyenneté des personnes concernées. Les différents exemples présentés nous ont convaincu que cela est possible, même si les limites et les pièges existent. Le problème des ressources est par exemple une limite claire. En effet, la plupart du temps, les professionnels qui s’engagent dans un projet le font certes sur leur temps de travail, mais sans décharge de dossiers, donc en plus de leurs tâches habituelles. Enfin, la question peut-être la plus fondamentale ne devrait pas être éludée : la participation telle qu’elle est mise en œuvre dans un contexte spécifique a-t-elle une visée adaptative ou émancipatrice ? Vise-t-elle à faire rentrer une certaine population « dans le moule » ou, au contraire, est-elle réalisée dans un but sincère de démocratisation de l’institution ? C’est peut-être la première chose à laquelle chacun devrait réfléchir au moment de se lancer dans une telle démarche. Plus d’infos sur : https://artias.ch/artias_type_journee/journees-dautomne/ Amanda Ioset

Établir des prévisions plausibles de l’évolution du nombre de dossiers

Ces dernières années, le nombre de dossiers dans l'aide sociale n'a cessé de croître. Jusqu'en 2017, il a augmenté de 1 à 3 pourcent par an avant de légèrement baisser en 2018 et 2019. Lors de la budgétisation des années suivantes, les services sociaux ont pu se référer à ces valeurs empiriques. Avec la crise du coronavirus, cette situation est en train de changer. Dans son document d'analyse, la CSIAS prévoit d’ici fin 2022 une hausse moyenne du nombre de dossiers d'aide sociale de 21 pourcent à l’échelle nationale. Les différences entre les cantons devraient être importantes et encore davantage entre les communes, comme c'était déjà le cas avant la crise. En 2019, la fourchette était de 1 à 7 pourcent pour les cantons, et de 0 à 11 pourcent pour les communes. Pour établir une prévision cantonale ou communale, il faut tenir compte des conditions locales. La CSIAS a publié une notice dans laquelle elle décrit les cinq facteurs sur lesquels reposent ses prévisions et qui présente le calcul pour l’estimation à l’échelle locale. Près d’un nouveau bénéficiaire sur cinq a quitté l’assurance-chômage au cours des dernières années. En raison de la forte hausse du chômage de longue durée d'environ 130 pourcent entre janvier 2020 et mars 2021, on peut s'attendre – avec un décalage d’un an – à un nombre nettement supérieur de nouvelles inscriptions de chômeurs en fin de droit. Dans les prévisions de la CSIAS, ce facteur entraîne une augmentation de 5,8 pourcent . Le Secrétariat d'Etat à l'économie Seco publie sur amstat.ch les chiffres mensuels du chômage de longue durée et des personnes en fin de droit, ventilés par canton. Ils constituent une bonne base pour établir une prévision cantonale de l'évolution du nombre de dossiers dans l'aide sociale. Les travailleurs indépendants sont fortement touchés par la crise du Covid-19. Cependant, il est très difficile de prédire si ce groupe dépendra à l’avenir de l'aide sociale, car il n'existe pas de données comparatives des années précédentes. A ce jour, le nombre d'indépendants bénéficiant d'une aide s'élevait à environ 2000. Pour ce groupe, la CSIAS prévoit une hausse de 5,2 pourcent . Entre 2017 à 2019, quelque 15 000 adultes sont sortis de l'aide sociale suite à l'amélioration de leur situation professionnelle. En raison de l'évolution de la conjoncture économique, ce nombre diminuera pendant et probablement aussi après la crise du coronavirus. Selon les prévisions de la CSIAS, ces sorties devraient être réduites de moitié d'ici 2022, ce qui devrait entraîner une hausse de 4,4 pourcent du nombre total de bénéficiaires de l'aide sociale. De 2014 à 2016, de très nombreuses personnes ont demandé l'asile en Suisse. Pour les réfugiés et personnes admises à titre provisoire, la responsabilité financière passera d’ici 2022 de la Confédération aux cantons et communes. L'augmentation du nombre de dossiers de ce groupe peut être déterminée assez précisément. La CSIAS a publié des chiffres basés sur les statistiques du Secrétariat d'Etat aux migrations SEM et de l'Office fédéral de la statistique OFS. La hausse prévue est de 5,9 pourcent. La stabilité actuelle du nombre de dossiers est due aux prestations en amont. L'extension du droit aux indemnités journalières de chômage et aux indemnités en cas de RHT, l’APG en cas de coronavirus, ainsi que les nombreux programmes d’aide cantonaux pour les cas de rigueur assurent l’existence de personnes enregistrant une perte de gain partielle ou totale en raison de la crise du Covid-19. Pour l'instant, la durée d’octroi de ces prestations en amont est encore incertaine. Selon les prévisions de la CSIAS, toutes les mesures spécifiques au coronavirus devraient expirer fin 2021. Si la Confédération ou certains cantons décident de prolonger leurs mesures au-delà de cette date, cette extension exercera un effet modérateur sur le nombre de dossiers dans l'aide sociale. Les prévisions de la CSIAS adaptées à la situation cantonale et communale offrent une base solide et factuelle pour une budgétisation 2022 fondée sur l'état actuel des connaissances. La CSIAS a développé un outil basé sur Excel qui permet aux cantons et communes de calculer une estimation pour leurs services sociaux. Un atelier de formation a eu lieu en avril. Les services sociaux intéressés peuvent aussi directement contacter le secrétariat général de la CSIAS pour toute question relative à la notice et à l'outil de calcul. Dans cette situation extraordinaire, des incertitudes demeurent cependant. En effet, la fin de la pandémie et les mesures pour l’endiguer ne sont pas encore prévisibles. Le développement économique des deux prochaines années est tout aussi incertain. La CSIAS réexaminera et mettra donc régulièrement à jour ses prévisions. Markus Kaufmann

La journée 2021 de l’Artias

Programme

Donner la parole aux bénéficiaires de l’aide sociale : un projet-pilote prometteur

En 2018, les résultats du Programme national de prévention et de lutte contre la pauvreté soulignent le manque de participation des publics concernés à la conceptualisation et à l’évaluation des mesures qui les concernent (Conseil fédéral, 2018). Le projet de l’Artias, imaginé dès 2016 et mis en œuvre en 2018, est donc précurseur dans le contexte suisse. Soucieuse d’évaluer de manière externe ce dispositif-pilote, l’Artias a mandaté la Haute école de travail social de Fribourg afin d’en documenter le processus, d’en analyser les enjeux et d’identifier ses principaux effets. Cette évaluation a été réalisée selon une méthodologie qualitative et subjectiviste, afin de saisir de manière approfondie les représentations des acteurs et actrices impliqué-e-s. Les résultats découlent d’une analyse croisée de données récoltées à trois moments distincts. Avant le démarrage du projet, des entretiens ont été menés avec de futur-e-s participant-e-s. Au cours du processus, le contenu des séances du comité de pilotage a été documenté. Au terme de celui-ci, des entretiens ont été réalisés auprès de participant-e-s ayant terminé la démarche ou ayant abandonné en cours de route, de professionnel-le-s de l’aide sociale et de représentant-e-s des autorités politiques et administratives impliqué-e-s dans le projet. En outre, les rapports produits par les groupes et les équipes d’animation ont été analysés. Le projet est né d’une volonté de valoriser le savoir des personnes concernées pour améliorer le fonctionnement de l’aide sociale. Les intentions de départ étaient de servir en priorité les intérêts des usagers/ères (augmenter leur pouvoir d’agir, faire évoluer les pratiques sur la base de leurs besoins), ce qui va dans le sens d’une approche démocratique et citoyenne de la participation et rompt avec une idéologie plus néolibérale qui viserait avant tout à augmenter la rentabilité et l’efficacité des prestations. Les dispositifs de type top down tels que celui de l’Artias comportent le risque d’une participation excessivement cadrée par des logiques institutionnelles préexistantes, voire d’une participation alibi. Le comité de pilotage a su déjouer en grande partie ce piège, en laissant une importante marge de manœuvre aux participant-e-s ainsi qu’aux équipes d’animation, notamment en ce qui concerne les modalités de travail et les thématiques abordées. Cependant, le fait de ne pas avoir associé les personnes concernées dès la conceptualisation du projet met en exergue la difficulté de tels dispositifs à dépasser la consultation pour s’approcher de niveaux plus élevés de participation tels que la coconstruction ou la codécision. Un des points forts de la mise en place du projet est l’importance des moyens engagés, notamment en termes d’accompagnement des groupes (4 équipes d’animation spécialistes des méthodes participatives) et de temps mis à leur disposition (une dizaine de rencontres étalées sur plusieurs mois). L’évaluation démontre que ces ressources ainsi que différentes précautions prises avant le démarrage du projet (mixité cantonale dans les groupes, charte de collaboration, protection des données…) ont permis de limiter les risques potentiels d’une telle démarche (instrumentalisation, problèmes de confidentialité, impacts négatifs sur les personnes, critique d’un service social en particulier…). Malgré les mesures prises pour favoriser l’accès au dispositif (choix des horaires et lieux notamment), des biais de sélection ont été constatés. Certains étaient prévisibles car liés aux critères de recrutement (parler français, pas de difficultés psychiques graves ou de dépendances lourdes) alors que d’autres n’ont pas été anticipés (mise à l’écart d’une partie des femmes en lien avec la garde d’enfants). Ces constats confirment la difficulté de tels dispositifs à atteindre les plus fragilisé-e-s ou marginalisé-e-s. Il faut également noter les logiques d’auto-exclusion qui font partie des obstacles connus à la participation et qui ont été repérées dans les raisons des refus de s’engager dans ce projet (impression de ne rien avoir d’intéressant à amener, peur des conséquences sur sa situation, réticence à travailler en groupe). De manière générale, les participant-e-s ont été satisfait-e-s du travail réalisé en groupe, à la fois au niveau du processus et des résultats produits. Ils/elles s’accordent avec les équipes d’animation sur le fait que l’une des clés principales du succès du projet est la force qui s’est dégagée de la dynamique collective, malgré les difficultés rencontrées à ce niveau dans certains groupes. L’accompagnement par les équipes d’animation a été évalué positivement par la majorité des participant-e-s, qui ont souligné la réelle place et liberté que celles-ci leur ont laissées. Les équipes d’animation ont en effet cherché à incarner une posture égalitaire afin de rompre avec le caractère asymétrique des rapports de pouvoir qui lient les bénéficiaires aux services sociaux. Elles ont aussi réussi à mettre en œuvre des méthodes permettant d’élaborer un positionnement collectif à partir d’expériences individuelles et à faire évoluer les groupes d’une posture de plainte vers une logique plus constructive et propositionnelle. Quelques limites ont cependant été mises en évidence au niveau des méthodes d’animation (inadaptation de certains outils aux objectifs du projet ou aux attentes de certain-e-s participant-e-s, processus jugé trop lent ou abstrait). Ces difficultés ont d’ailleurs conduit à certains abandons. Au niveau de la communication des résultats des groupes, une tension a été repérée au sein des réflexions du comité de pilotage entre le souci que la parole des usagers/ères puisse être entendue par les institutions et le danger de trop dénaturer les propos des personnes concernées dans ce but. Trouver un équilibre entre institutionnalisation et libération de la parole est un enjeu important des dispositifs participatifs de type top down. Le projet a eu d’importants effets positifs sur les participant-e-s, avant tout au niveau de leur identité (confiance en soi, reconnaissance, diminution de la honte), leur santé psychique (bien-être, prise de recul) et leur vie sociale (sortie de l’isolement, rencontre et soutien de personnes qui vivent la même réalité). Par contre, alors que plus de la moitié des participant-e-s imaginaient que le projet leur permettrait une sortie partielle ou totale de l’aide sociale, peu d’effets sur la situation économique (financière et/ou professionnelle) ont été relevés. Les impacts du projet se situent également sur un plan collectif. La force du groupe a fonctionné comme catalyseur des effets individuels et comme levier d’empowerment (prise de conscience de la plus-value du collectif en termes de pouvoir, de légitimité et de crédibilité). De plus, le projet a suscité chez les participant-e-s la volonté de créer des associations ou collectifs dont certains ont vu le jour. Au stade actuel, le projet n’a eu que très peu d’impacts sur les pratiques concrètes des professionnel-le-s, l’organisation des services d’aide sociale ou les politiques publiques. Son objectif de faire évoluer les pratiques n’a donc pas été atteint, mais il faut noter que la communication des résultats, cruciale pour que de tels effets puissent avoir lieu, n’a été encore que partiellement réalisée. Plusieurs acteurs/trices ont cependant émis des doutes sur le fait que le projet puisse aboutir à une évolution du fonctionnement des services ou des cadres législatifs, soupçonnant un manque de volonté des autorités d’aller dans ce sens. Ce constat fait écho à la littérature qui évoque une difficulté de tels dispositifs à atteindre le cœur des politiques publiques. Une absence de changements concrets à moyen ou à long terme pourrait être mal vécue par une partie des participant-e-s, au vu des attentes que le projet a suscitées chez eux/elles et de leur important investissement. Pour l’Artias, l’objectif était aussi de tester l’intérêt et la faisabilité d’un dispositif participatif dans le domaine de l’aide sociale. Le projet a démontré la faisabilité d’une telle démarche et la possibilité d’obtenir des résultats constructifs. Cette expérience-pilote a déjà stimulé la concrétisation de démarches participatives au niveau de l’aide sociale dans les cantons concernés et l’Artias espère qu’elle pourra promouvoir l’approche participative au niveau des politiques publiques dans leur ensemble. Rapport final (2021) : Participation des bénéficiaires de l’aide sociale à l’évaluation des prestations qui les concernent Sophie Guerry et Caroline Reynaud

Simplification de l’écriture à l’aide sociale

C’est entre autres pourquoi depuis quelques mois, le Département des affaires sociales de la Ville de Bienne entreprend une démarche de simplification des documents d’inscriptions, et d’informations destinés aux bénéficiaires de l’aide sociale. Dans un premier temps, le formulaire d’inscription à l’aide sociale a été retravaillé à l’interne puis envoyé à une entreprise spécialisée de travail des textes pour une simplification maximale du texte. Accompagnant ce formulaire, la notice d’information, qui explique notamment les droits et les devoirs à l’aide sociale, a également été retravaillée, et une simplification de l’écriture appliquée. Un des défis ici de l’usage de l’écriture simplifiée est de faciliter la compréhension, tout en appliquant le cadre juridique. Puis, dans le but de clarifier de façon directe et limpide certaines questions des personnes concernées – qu’elles soient intéressées ou bénéficiaires –, des FAQ (Frequently Asked Questions) de l’aide sociale biennoise ont été créées. Le texte de ces dernières a également été travaillé et simplifié par une entreprise externe afin de les rendre plus compréhensibles; elles sont accessibles à toutes et à tous sur le site internet de la Ville de Bienne. Fait notable ici est que ces FAQ ont été écrites par les bénéficiaires de l’aide sociale eux-mêmes, via le groupe participatif du Département des affaires sociales « Ensemble-Gemeinsam ». En parallèle à ce dernier projet, ce groupe a également rassemblé tous les trucs et astuces de la vie à l’aide sociale à Bienne dans un petit guide, « Le renard social ». Ce dernier est fait de manière très simple et lisible en étant trié par thèmes (nourriture, vêtements, loisirs etc. ) et renseigne au mieux les personnes qui sont dans le besoin. Tout n’est pas encore terminé et il est certainement possible d’améliorer et de décompliquer encore. Mais avec ces divers travaux de simplification d’écriture et de communication, le Département des affaires sociales de la Ville de Bienne – qui est en plus bilingue – essaie de propager au mieux les informations à toutes les personnes qui en ont besoin. Et qui sait, peut-être même de faire tomber un bout de mur ! Emilie Clavel

À Neuchâtel, des personnes à l’aide sociale créent leur association 

ZESO : L’Association Sociale POUR Neuch (ASPN) a officiellement vu le jour mercredi 15 décembre 2021. Cette date marque l’aboutissement d’un long travail de préparation dont vous, Carolina Pillonel, avez été l’un des moteurs. Pour commencer, pourriez-vous nous parler de votre parcours ? Carolina Pillonel : Je suis employée de commerce de formation. Durant ma vie professionnelle, j’ai eu différents emplois – dans mon domaine mais aussi dans la vente ou le service. J’avais déjà été au chômage, mais j’avais toujours réussi à rebondir. Il faut dire que comme beaucoup de gens, j’avais extrêmement peur de « tomber » à l’aide sociale. Vers 2012-2013, j’ai été engagée dans le département « achat » d’une grande entreprise. Malheureusement, celle-ci a très rapidement décidé de faire des économies et, étant l’une des dernières arrivées, j’ai également été l’une des premières à partir. Je me suis donc retrouvée au chômage. Le temps passait et je ne trouvais toujours pas de travail. Au bout d’un certain temps, j’ai été placée dans une mesure. Cette situation a été très difficile pour moi car on me faisait faire un travail répétitif et abrutissant qui ne m’apportait rien et ne représentait aucune plus-value pour mon CV. Je n’en avais pas encore conscience, mais je pense que voir s’approcher la fin du chômage et l’arrivée à l’aide sociale m’angoissait terriblement. Mon premier rendez-vous au service social a été extrêmement difficile pour moi, mais j’ai eu de la chance : mon assistant social était un humaniste et a su m’entendre. Très vite, j’ai été placée à l’Association neuchâteloise pour la Défense des Chômeurs (ADCN) dans le cadre d’un contrat d’insertion. C’est une atmosphère de travail qui m’a convenu. Petit à petit, je me suis énormément impliquée dans cette association et j’ai pris le temps de faire un travail d’introspection. J’ai compris que je n’aimais pas mon métier et que c’était l’une des raisons pour lesquelles je n’étais pas stable professionnellement. Cela m’a permis de renouer avec un rêve d’enfant en me lançant dans une nouvelle formation d’éducatrice sociale. J’ai participé avec d’autres usagers de l’aide sociale à un projet-pilote participatif de l’Artias. Cette expérience a été riche en rencontres. Certains témoignages étaient très durs et m’interrogeaient. Petit à petit, avec les autres participants, nous nous sommes rendu compte que nous avions entre nous tous une somme extraordinaire de compétences. L’idée a alors émergé de créer notre propre association. La première association – « Construire demain » – a vu le jour dans le canton du Jura, puis nous avons décidé de faire quelque chose sur Neuchâtel. J’ai toujours voulu construire quelque chose qui parte de la base et qui soit le plus égalitaire possible. Ce n’est pas si facile à concrétiser. Il est compliqué de faire participer de manière active des personnes qui sont depuis si longtemps en rupture socioprofessionnelle, même si l’envie est là et que ce projet est important pour elles. Cela demande beaucoup d’énergie, mais nous avons maintenu ce cap. Malgré les difficultés liées au COVID, nous avons pris le temps de nous rencontrer et de définir des objectifs. La rédaction des statuts a été longue et laborieuse. Nous nous réunissions le soir, parfois jusqu’à 22h30 en pleine semaine. Cela a renforcé nos liens et a permis à chaque personne d’être entendue, d’être considérée. Petit à petit, nous avons tous pris conscience que nous avions beaucoup à offrir. Finalement, nous avons pu tenir notre assemblée constitutive en fin d’année 2021 et la joie d’aboutir à ce résultat était palpable. Tout d’abord, nous tenons aux lettres « POUR » qui se trouvent dans notre nom et qui résument nos valeurs : Partages, Ouvertures, Unir et Réunir. Nous savons que souvent, nos assistants sociaux n’ont que très peu de temps à nous consacrer. Nous nous sommes dit : nous n’avons pas d’argent, mais du temps, nous en avons ! Nous voulons donc proposer un espace où les gens pourront rencontrer d’autres personnes qui ont vécu des expériences similaires. Ce sera plus facile de s’exprimer qu’au service social car nous sommes tous au même niveau, il n’y a pas de rapports de pouvoir entre nous. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de nous réunir dans un espace neutre plutôt que dans les locaux d’un GSR (guichet social régional). On se sent beaucoup plus libre. Il ne faut pas oublier que les personnes à l’aide sociale souffrent de la stigmatisation et du jugement que la société porte sur elles. On ne peut pas tomber plus bas dans l’échelle sociale, c’est dur à vivre. Certains pensent que nous sommes à l’aide sociale parce que nous ne voulons pas travailler. La réalité, c’est que la plupart des personnes à l’aide sociale sont très actives. Elles ont envie de participer, en fonction de leurs moyens et de leurs capacités du moment. Chacun a besoin d’agir, de se sentir utile, de garder un lien social. Mais il y a un auto-isolement, les gens se cachent, finissent par avoir honte… J’essaie d’aller à contre-courant de ça ! En parlant de mon vécu sans en avoir honte. C’est important pour garder sa dignité. Pour le moment, nous faisons de la publicité et nous allons organiser une première permanence. Nous attendons avec impatience le retour des beaux jours pour pouvoir organiser des évènements à l’extérieur, comme des distributions de thé ou des repas pour nous faire connaître. La base de ce que nous faisons est la cocréation. Nous créons un espace où les gens peuvent venir poser leurs questions. Quand on arrive au service social, on est angoissé, on est en panique. On a un rendez-vous, il faut donner des papiers pour prouver qu’on n’a plus rien. Personne n’est préparé à cela. On est perdu, on se sent démuni, inutile. Si les personnes qui vivent cela se tournent vers notre association, peut-être qu’elles vivront mieux cette étape. Nous pourrons leur présenter les choses différemment, leur donner certains conseils ou des informations qu’elles n’ont pas osé demander à leur assistant social par gêne. D’un autre côté, nous voulons aussi nous manifester en tant que collectif pour pouvoir dénoncer certaines absurdités auxquelles nous sommes confrontés en tant que citoyens à l’aide sociale. À terme, nous espérons pouvoir proposer une permanence juridique. En tant qu’experts de nos situations, en tant que personnes à l’aide sociale, nous avons des solutions tirées de notre vécu à proposer, pour autant qu’on veuille nous entendre. S’il y a des discussions sur des changements de loi ou de pratiques, nous aimerions être consultés. Laisser la parole aux personnes concernées, c’est le seul moyen de comprendre leurs besoins. Nous voulons être des partenaires, collaborer et communiquer avec les services sociaux. J’en profite pour inviter les assistants sociaux à parler de nous à leurs usagers, car nous avons du temps à leur consacrer pour que cette expérience à l’aide sociale soit un peu plus douce pour eux. Pour contacter l’Association Sociale POUR Neuch : aspneuch@gmail.com Amanda Ioset

Redonner l’accès au logement pour les personnes en situation d'insolvabilité en Valais

Active depuis 2012, l’association Immo-Solidaire offre une aide au logement à des personnes en situation de précarité. Un revenu modeste, un contrat temporaire, une rente, le chômage, l’aide sociale ou encore l’endettement sont des facteurs qui rendent l’accès au logement très difficile, malgré une situation de logements vacants. Immo-Solidaire se porte garant pour des personnes et familles dans le besoin, en signant le bail à loyer avec les gérances et propriétaires et pratique une sous-location avec le bénéficiaire du logement. Immo-Solidaire s'engage à évaluer rigoureusement chaque nouvelle demande de logement en partenariat avec les services officiels tels que les CMS, les curateurs, l’aide aux victimes, la fondation valaisanne Emera, Pro Senectute, et d'autres encore. Cette démarche permet d'anticiper d'éventuelles problématiques et de mettre en place les mesures adéquates pour garantir la réussite des solutions de logement proposées. Face à des situations trop complexes ou présentant un risque élevé, Immo-Solidaire se réserve le droit de refuser certains dossiers afin de préserver ses relations avec les régies immobilières partenaires. Cette approche vise à assurer la durabilité des solutions de logement et à maintenir une collaboration solide avec les bailleurs. Durant toute la période du bail, les locataires sont étroitement suivies par une assistante sociale dédiée, qui n'hésite pas à activer des aides et collaborations en cas de besoin. De plus, un fonds de réserve a été établi en collaboration avec le Service cantonal de l'Action Sociale pour faire face à d'éventuels dégâts ou retards de loyer qui n'auraient pas pu être récupérés. Malgré leur situation précaire, les locataires sont encouragés à constituer leur caution équivalente à trois mois de loyer, qu'ils peuvent régler par des acomptes mensuels. Cette démarche favorise leur responsabilisation et leur permet de constituer un fonds d'épargne pour l'avenir, tout en garantissant une sécurité financière pour les bailleurs. Chaque logement proposé par Immo-Solidaire inclut un service de femme de ménage dans le prix du loyer. Cette initiative vise à anticiper et à résoudre rapidement tout problème lié à la tenue de l'appartement ou aux éventuelles dégradations. Initialement obligatoire pour la première année de location, ce service sera réévalué en fonction de la capacité du locataire à entretenir correctement son logement. En effet, Immo-Solidaire accorde une importance primordiale à l'autonomisation des personnes bénéficiaires de ses services. Dans cette optique, des visites annuelles sont planifiées par les assistants sociaux pour évaluer le locataire dans la prise en charge de son logement et pour maintenir un lien privilégié grâce à cette intervention à domicile. Les heures de ménage sont prioritairement attribuées à des personnes provenant de services sociaux, contribuant ainsi à leur insertion professionnelle. Cette approche collaborative renforce les relations avec les gérances et les bailleurs car elle permet de garantir l’entretien des logements. Malgré un taux de logements vacants correct en Valais, bien des personnes et familles n’arrivent pas à se loger et se retrouvent dans des situations provisoires : à l’hôtel, chez des amis, dans leur voiture et parfois même à la rue. Le nombre de personnes qui n’obtiennent pas de logement à cause de leur insolvabilité est sous-estimé et ce chiffre augmente chaque année à cause de l’inflation, de l’augmentation des loyers et des charges. Malgré la méconnaissance de cette aide auprès du tout public, Immo-Solidaire voit le nombre des nouvelles demandes augmenter chaque année de manière importante pour atteindre une moyenne de 70 sollicitations par mois actuellement (soit environ 840 sollicitations au total d’ici la fin d’année). La précarité est en augmentation dans le canton du Valais. Plus d’un quart de la population valaisanne bénéficie d’une subvention pour la caisse-maladie à cause de leurs revenus insuffisants. Potentiellement, toutes ces personnes sont en situation d’insolvabilité, sans compter celles ayant des poursuites. Il y a donc un besoin bien plus important que celui réellement observé à ce jour car la pauvreté reste souvent très discrète. À ce sombre tableau, il faut ajouter : la suppression des aides fédérales pour les logements subventionnés, l’absence de base légale en Valais en faveur des logements à loyers modérés et les plafonds de loyer trop bas dans le cadre de l’aide sociale selon les régions. Face à une réelle prise de conscience, les autorités cantonales ont mandaté la HES-SO pour une étude approfondie sur le sujet, dans le but de développer une politique du logement adaptée aux problématiques soulevées. L'un des principaux défis auxquels Immo-Solidaire est confronté réside dans la persistance de plafonds de loyer trop bas établis dans le cadre de l'aide sociale, malgré l'augmentation des tarifs de location sur le marché immobilier. En effet, ces normes de loyer fixées par les communes ne reflètent souvent pas les réalités du marché local, ce qui restreint considérablement les options de logement disponibles pour les bénéficiaires de l'aide sociale. De plus, bon nombre des logements à loyer modéré présentent des problèmes d'insalubrité ou sont équipés d'anciens systèmes de chauffage électrique, ce qui accroît le coût des charges pour les locataires. Pour contrer cette problématique et permettre aux bénéficiaires d'Immo-Solidaire de se loger convenablement, l'association mène chaque année des campagnes de collecte de fonds afin d'octroyer à ses locataires des réductions de loyer qui leur garantissent un niveau de vie décent. Agissant en tant que bailleur social, cette aide financière se matérialise simplement par une diminution du loyer, sans que le montant ne soit déduit des ressources des locataires comme des contributions volontaires de tiers dans le budget des personnes concernées. Cependant, cette problématique persiste et doit être abordée, car il ne revient pas aux fondations privées de compenser ce déséquilibre. Pour ajuster régulièrement ces barèmes de loyer dans le cadre de l'aide sociale, il serait nécessaire de mener périodiquement des études du marché immobilier spécifiques à chaque région, ce qui représente un investissement conséquent en termes de coûts et de ressources. Une approche alternative consisterait à surveiller le nombre de bénéficiaires de l'aide sociale dépassant les plafonds de loyer communaux établis. Si ce pourcentage dépasse les 10 %, cela indiquerait clairement que les plafonds de loyer communaux sont effectivement trop bas. Cette statistique pourrait être extraite des systèmes informatiques de gestion de l'aide sociale. En conséquence, il serait possible d’augmenter progressivement les plafonds de loyer jusqu'à ce que le pourcentage de bénéficiaires de l'aide sociale étant au-dessus de la norme ne dépasse plus ce seuil des 10 %. Toutefois, cette approche soulève la question de l’autonomie communale encore très présente en Valais. Eliane Rosset

L’accompagnement social palliatif – l’art et l’humain au centre

L’idée du travail social palliatif (TSP) qui sous-tend cette approche est un accompagnement social par la « simple » présence d’un travailleur social sans édicter d’objectif précis mais en promouvant l’attention, l’écoute, la prise en compte et la veille. Avec en son centre la confiance, ce travail permet de (ré-)entretenir la disponibilité à sa propre personne et de reprendre des forces après des chemins de vie chahutés. En agissant ainsi, l’idée est aussi de pouvoir redéployer les liens sociaux des personnes bénéficiaires. En 2016, l’œuvre sociale d’entraide ouvrière (OSEO Valais) a mis en place la mesure d’Insertion sociale active (ISA) co-financée par le Service de l’action sociale du Canton du Valais et de la Ville de Sion. Le cadre de ce programme est bien différent de ce qui est souvent mis en avant dans les services sociaux. Le programme se fonde sur une base volontaire et ne dicte aucun objectif aux bénéficiaires. Ces derniers peuvent s’exprimer librement, prendre part à diverses activités, ne rien faire, venir à l’heure qu’ils souhaitent ou encore s’arrêter quand bon leur semble. Le choix du médium de ce programme s’est porté sur l’art avec pour but d’accroître l’estime de soi, d’améliorer la santé physique, psychique et sociale, de renforcer les liens sociaux et de réactiver les ressources personnelles des usagers. Dans les faits, ce médium a permis aux bénéficiaires de se mettre en discussion sur les outils et les choix artistiques tout en mettant en avant leur travail dans des expositions. Une étude de la HETS Valais a permis de mesurer les effets d’un tel programme tant sur les bénéficiaires que sur le reste de la société. Après six mois dans le programme, les usagers ont amélioré leur état de santé en prenant moins de médicaments, en réduisant le besoin de suivi psychiatrique et en améliorant leur forme physique, psychique et sociale. De manière logique, l’estime de soi des participants s’est aussi retrouvé bonifié tout comme le fait de pouvoir remobiliser des compétences qui semblaient perdues. La dimension sociale s’est aussi retrouvée positivement impactée par ce programme. Les bénéficiaires qui étaient souvent marqués par un isolement social ont retrouvé la possibilité de recréer du lien. Dans un premier temps, cela a eu lieu avec les autres bénéficiaires du programme avec des échanges autour des différents ateliers proposés par l’ISA. Cette réouverture vers l’autre a permis de recréer des interactions dans le quotidien de l’ISA. Cela a aussi amené des bénéficiaires à renouer des liens avec d’anciennes relations dans leur vie privée avec qui le contact avait été rompu. Par l’art, les usagers ont donc pu sortir de leur isolement social. Ces effets positifs au niveau individuel ont aussi des répercussions encourageantes sur l’ensemble de la société. De manière générale, il y a eu une diminution notable des problématiques sanitaires et sécuritaires sur le territoire du projet. Les factures médicales des bénéficiaires ont été réduites par leur meilleure santé, allégeant ainsi le porte-monnaie de la collectivité. Les incivilités et les délits commis par les usagers du programme ont aussi baissé. La police a donc dû moins intervenir, ce qui a aussi une répercussion directe sur les dépenses publiques. La marginalité dans l’espace public a aussi été diminuée car les personnes marginalisées ont dorénavant un endroit approprié et apprécié plutôt que la rue comme seule échappatoire. Cela a amené à réduire le sentiment d’insécurité des habitants de la ville. Néanmoins, certains écueils sont aussi mis en avant dans l’étude. Par exemple, le programme ISA peut être perçu comme un « îlot protecteur », une zone de confort, duquel les bénéficiaires ne souhaitent plus sortir alors que leur meilleure santé leur permettrait. Cela peut, par exemple, créer une crainte de se lancer dans une mesure d’insertion socioprofessionnelle ou dans la vie associative. Un autre élément à souligner est le fait que la personne accompagnée n’a pas retrouvé toute son autonomie mais doit encore être suivie et rendre des comptes aux professionnels. Les professionnels de ce programme, appelés maîtres d’atelier, doivent repenser leur manière d’agir. De ce fait, les maîtres d’atelier doivent s’éloigner du paradigme qui cherche l’activation à tout prix des bénéficiaires. Dès lors, il est nécessaire de revoir ses perspectives en se distançant de l’intégration professionnelle pour se rapprocher de l’intégration sociale. Pour cela, des profils professionnels hybrides ainsi qu’une pluralité de connaissances sont essentiels pour la bonne marche du suivi. Les maîtres d’ateliers doivent mettre en avant des capacités d’accompagnement qui ne s’inscrivent pas dans la direction d’un but précis. Ils ont un rôle plus statique en assurant une présence quand, par exemple, un bénéficiaire souhaite juste venir boire un café sans chercher à interagir. Néanmoins, lors des ateliers, cette présence « passive » doit aussi évoluer en direction d’une animation socioculturelle afin de mobiliser le groupe et ses capacités. De plus, les maîtres d’atelier restent aussi des assistants sociaux « classiques » lorsqu’ils soutiennent les bénéficiaires dans leur démarche administrative auprès de l’État. Le succès du programme ISA tient au fait de remettre l’humain au cœur de l’accompagnement en le considérant et en l’aidant à retrouver une dignité. L’ISA met aussi en avant la puissance que peut faire naître la création artistique. Cette dernière est trop souvent perçue comme une activité « inutile », au sens financier du terme. Dans ce cas-ci, elle démontre bien toute sa centralité dans l’existence humaine, la confiance et la connaissance de soi ainsi que dans le lien à l’autre. D’ailleurs, même si l’on se concentre uniquement sur une logique économique, un tel programme, s’il est bien mis en place et géré, est très intéressant financièrement tant les retombées économiques positives dépassent les investissements de base. Gageons que l’expérienDce valaisanne pourra amener à démocratiser une autre manière de faire et d’être dans l’accompagnement social des personnes en rupture avec le monde social et professionnel. Salomon Bennour

Acteurs de leurs vies

« Quand on a commencé les premières séances avec l’Artias, je me suis senti enfin valorisé, j’avais enfin la possibilité de dire ce que j’avais sur le cœur et de me sentir utile. » Ainsi s’exprime Stéphane Addor, un habitant du Jura-Bernois à l’aide sociale depuis plusieurs années, dans un témoignage-vidéo publié sur « Acteurs de nos vies », un site internet qui retrace l’histoire du projet-pilote participatif lancé par l’Artias en 2018. Pendant neuf mois, des bénéficiaires de longue durée de l’aide sociale s’étaient en effet réunis pour échanger, partager, remettre en question, proposer. Pour rêver, aussi, et imaginer collectivement un accompagnement social plus en phase avec leurs besoins (voir ZESO 3/21). En 2021, les résultats du projet étaient publiés par l’Artias, notamment sous la forme d’une synthèse des propositions des participants et d’une évaluation scientifique. Néanmoins, il subsistait une envie de faire connaître plus largement les riches enseignements de cette expérience, par la voix des acteurs directement impliqués. Ainsi est né un site web original, qui donne la parole à travers des vidéos et des audios à des personnes à l’aide sociale, à un membre du comité de pilotage du projet et à une chercheuse. Au fur et à mesure qu’il déroule l’écran, l’internaute fait la connaisse de Pascal Robert, Stéphane Addor, Stéphane Borges et de * (cette dernière préférant garder l’anonymat), quatre personnes à l’aide sociale qui présentent, chacune de son point de vue, ce que la participation lui a apporté, mais aussi son vécu à l’aide sociale et ses propositions d’amélioration. « Tout ce qui est culturel, ça maintient dans une société, dans un groupe », nous dit par exemple Stéphane Borges. « C’est ce qui manque peut-être le plus, parce que quand on est au social on s’isole, parce qu’on n’a pas l’argent, parce que ça coûte énormément de se maintenir dans la société ». Le site revient également sur les effets que la participation peut avoir sur des personnes en situation de précarité au niveau de leur identité, de leur vie sociale et de leur santé mentale. « Les participants ont dit que la participation au projet a renforcé leur confiance en elles, que ça a pu diminuer la honte, la culpabilité d’être à l’aide sociale », évoque la chercheuse Sophie Guerry. « Ça leur a redonné un sentiment d’utilité, voire un statut d’être humain à part entière. » S’exprime aussi Frédéric Richter, membre du comité de pilotage et chef du service de l’action sociale de la Ville de Neuchâtel, pour qui « avoir l’avis des bénéficiaires, des personnes directement concernées, est fondamental. » Pour faire évoluer adéquatement les dispositifs sociaux, les acteurs de la politique sociale doivent en effet mieux intégrer la voix des personnes concernées. Ce site web se veut être un outil à disposition de ceux qui souhaitent avancer dans cette direction. Lien: : https://www.artias-participation.ch/ Amanda Ioset

Fondation IPT – créée par des entrepreneurs pour un retour à l’emploi réussi

La Fondation IPT est une fondation de droit privé à but non lucratif, créée en 1972 par des entrepreneurs afin d’aider des personnes – qui pour des raisons de santé n’étaient plus en mesure d’effectuer les tâches attribuées – à trouver un emploi approprié. IPT a depuis étendu plus largement son champ d’action pour accompagner aujourd’hui activement dans leur insertion et réinsertion professionnelle, les personnes souhaitant intégrer plus facilement le marché du travail, et ce à tout moment de leur parcours. La principale mission d’IPT est de concilier les exigences économiques et les aspects humains, afin de rendre possible l’alchimie entre une personne et une entreprise. L’objectif est ainsi de permettre à chacun de révéler son potentiel et de devenir « la bonne personne, au bon endroit, au bon moment » en vue d’une intégration durable sur le premier marché du travail et d’une activité professionnelle correspondant aux compétences et aux intérêts de la personne accompagnée. En raison, notamment, des besoins spécifiques des personnes suivies par les services sociaux, souvent sans emploi depuis quelques années et éloignées du marché du travail, IPT a conçu et mis en œuvre un suivi individualisé adapté aux besoins de la personne. Celui-ci s’appuie sur un coaching individuel associé à des formations en groupe et des activités pratiques en entreprise. Le processus, basé sur la mobilisation du participant, est conçu en fonction de ses besoins afin que le contenu et le rythme puissent être adaptés à chaque étape. Le bénéficiaire est ainsi impliqué et prend part pleinement à la réussite de sa réinsertion, grâce notamment à ce travail d’autonomisation. Ce suivi personnalisé de réinsertion s’applique ainsi également aux candidats issus des services sociaux et permet de réduire de manière significative le risque de décrochage du processus de réinsertion, souvent trop rapide en raison des exigences de placement des services de l’emploi. Dans les formations en groupe, la personne est accompagnée dans son développement personnel à travers, par exemple, le renforcement de l’estime de soi et des aptitudes à communiquer, ou encore afin d’améliorer la résistance au stress. Les cours relatifs à la réinsertion professionnelle permettent quant à eux de définir un projet professionnel correspondant aux compétences et aux limitations identifiées, voire, si besoin, de réorienter la personne. Ils permettent également de concevoir un CV efficace, de se préparer aux entretiens d’embauche et de mener une campagne de candidature active. Depuis la pandémie de COVID-19, IPT a d’ailleurs renforcé ses activités et innové en introduisant aux processus d’accompagnement des outils de soutien à distance performants, adaptables aux besoins de tous les publics. Il est ainsi possible de combiner un suivi individuel en présentiel ou à distance avec des formations par visioconférence. Chaque projet professionnel est ensuite testé lors d’un stage en entreprise avant que la recherche concrète d’un emploi ne soit lancée. L’atout de la Fondation IPT réside à ce moment-là dans le solide réseau d’entreprises partenaires dont elle dispose – au nombre de 15 000 réparties à travers toute la Suisse. Cela permet la mise en place de stages très bénéfiques pour les participants, et contribue à un taux de placement remarquable. En plus d’une assistance précieuse et intensive apportée pour les candidatures et la recherche de poste, les coachs IPT activent leur réseau à l’échelle locale ou régionale. Les participants sont alors entraînés à contacter personnellement les entreprises ainsi qu’à percer le marché caché du travail. Cet aspect est tout particulièrement remarquable, puisqu’il inscrit le processus d’accompagnement IPT parmi les rares mesures capables de conjuguer préparation à la reprise d’un emploi et placement sur le premier marché du travail. En tant que partenaire national, IPT travaille avec les assurances sociales publiques et privées, les entreprises, les institutions ainsi que les médecins. Forte de 200 collaborateurs, présente dans les trois régions linguistiques avec 28 bureaux actifs dans toute la Suisse, la fondation favorise la mise en réseau de ses nombreux partenaires. Elle mise sur la connaissance du terrain de ses collaborateurs et sur l’implication de ses interlocuteurs à chaque étape du processus d’accompagnement. Ainsi sont actionnés tous les leviers nécessaires à la réussite d’une réinsertion professionnelle durable. Tout un panel d’outils et de solutions est proposé par IPT à la personne accompagnée, et ce quel que soit le temps initialement prévu pour la prise en charge. Si, par exemple, la personne arrive en fin de droits (ORP ou AI) au cours de son suivi, IPT essaie de trouver un relais auprès du service social, une solution souvent accueillie très favorablement en raison de la continuité proposée, même sous forme d’aide personnelle (norme CSIAS, paragraphe B). Dans certains cas, IPT pourra recourir à un financement grâce à des dons privés. Ce « maillage » s’avère extrêmement approprié et efficace, et repose sur un mode de collaborations interinstitutionnelles très porteur. www.fondation-ipt.ch Jens Rogge

  • 1
  • 2
  • »
  • Contact
  • Mentions légales
  • Déclaration sur la protection des données
  • Cookies
© SKOS
  • Recherche
  • Shop-Zeso
  • Archive
  • Contact
  • Mentions légales
Fermer